Portrait de la rime

Type : Théorie / Poésie | Ajout le : 30/03/2007
Classement :
Pointage : --/5
Nombre de votes : 0
(Pour voter, connectez-vous!)
Position dans Théorie : --

Visites :
Aujourd'hui : 2
Total : 169

Communauté :
Commentaires : 0
Ajoutée aux favoris : 0 (Qui?)

Chronique :
Mots : 1316


Portrait de la rime
Par : Marianne Verville (Libellule Rouge)

J’ai remarqué au fil de mes lectures et de mes aventures sur la toile que plusieurs poètes privilégient les rimes. Cependant, ils sont plusieurs à ne pas les employer à bon escient. Il y a certaines notions que je crois essentielles à connaître avant d’aller plus dans l’usage des rimes en poésie.

Premièrement, il faut savoir distinguer la qualité des rimes.
-Une rime pauvre contient une seule homophonie (c’est-à-dire un son phonétique). Exemple : Horizon/Salon, Ami/Pari, Beauté/Séchée
-Une rime suffisante contient deux homophonies. Exemple : Rêve/Achève, Lundi/Hardi, Finir/Soupir
-Une rime riche contient trois homophonies ou plus. Exemple : Patrie/Flétrie, Machine/Échine, Nymphe/Lymphe
Il est à noter que des consonnes seules ne constituent pas une rime.

À ce sujet, afin de favoriser la richesse des rimes, certaines formes sont bannies (ou fortement suggérées de ne pas être d’usage) dans les principes d’opposition (puisque les rimes s’opposent ou créent des liens supplémentaires dans le poème : l’attention est portée sur la rime). Trois catégories existent pour ce fait.
Lexicale : -On condamne les rimes entre les mots de même famille. Exemple : la visite/ elle me visite, une arme/ il s’arme
-On condamne les rimes entre un mot composé à partir du premier. Exemple : Robe/Garde-robe, Ciel/Arc-en-ciel, Feuille/Portefeuille
-On condamne les mots de même racine. Exemple : Ami/Ennemi
-On condamne les mots de même suffixe (terminaisons finales, c’est-à-dire l’élément ajouté à une racine pour créer un nouveau mot). Exemple : Lenteur/Froideur, Ravissant/Confessant
Grammaticale : -On condamne les rimes entres les mots de même catégorie. Exemple : Superbement/Magnifiquement {adverbe}, Démonstratif/Rébarbatif {adjectif}
-On condamne les rimes de même série. Exemple : Moi/Toi, Votre/Notre
-On condamne les rimes de même désinence (élément grammatical qui s’ajoute à la fin des conjugaisons ou de la déclinaison). Exemple : Partir/Finir
Sémantique : -On condamne les rimes banales ou trop instinctives. Exemple : Campagne/Montagne, Ombre/Sombre, Amours/Toujours
Surtout, il ne faut jamais répéter exactement la même rime (à l’exception des anaphores).

Puis, le principe des sonorités doit être abordé. En poésie, on distingue les rimes féminines des rimes masculines. Tout cela n’a cependant rien à voir avec le genre des mots.
-Une rime féminine possède un « e » muet final. Exemple : Mélancolie/Abolie, Belle/Tourelle
-Une rime masculine ne possède pas de « e » muet final. Cela vaut aussi pour les mots finissant avec « s » ou « nt ». Exemple : Tourelles/Émerveillent, Aboli/Impoli
Il existe aussi au niveau des sonorités une différence entre les rimes vocaliques (dont la finale est une voyelle prononcée) et les rimes consonantiques (dont la consonne finale est prononcée

C’est ce qui nous mène à l’alternance des rimes. Ainsi, dans la poésie classique, il est très important d’alterner les rimes féminines et masculines. Exemple (la rime féminine est soulignée) :
Je le vis, je rougis, je palis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Jean Racine, Phèdre, acte I, scène 3, vers 273-276
À partir du 19e siècle, ces formes furent de plus en plus délaissées au profit de l’alternance des rimes vocaliques et consonantiques. Exemple (la voyelle des rimes vocaliques est soulignée) :
Et dont la gauche balle un peu,
Tout petit peu plus que l'autre
D'un air roublard et bon apôtre,
À quelles donc fins, nom de Dieu ?
Paul Verlaine, Hombres, poème XI « Même quand tu ne bandes pas »
Dans la poésie contemporaine, l’alternance basée sur de telles considérations n’est plus une règle très en vigueur.

En ce qui attrait à la disposition des rimes, il existe trois catégories principales.
-Les rimes plates ou suivies (AA…/BB…/CC…) Exemple :
La belle Iris, et la fiere Pallas,
Quoy qu'on en dist, n'y consentirent pas,
Venus pensa s'étrangler de colere,
Tout est brouïllé dans la dixième Sphere,
Vincent Voiture, Pour vos beaux yeux autheurs de mon trespas
-Les rimes croisées (ABAB) Exemple :
Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure
Est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.
Mes yeux saignent. J'entends un immense murmure
Pareil aux hurlements de la mer ou des loups.
Leconte de Lisle, Le cœur de Hialmar
-Les rimes embrassées (ABBA) Exemple :
C'est dans ta coupe aussi que j'avais bu l'ivresse,
Et dans l'éclair furtif de ton œil souriant,
Quand aux pieds d'lacchus on me voyait priant,
Car la Muse m'a fait l'un des fils de la Grèce.
Gérard de Nerval, Myrtho
La forme des rimes redoublées existe aussi, mais elle est déconseillée pour plus de trois vers. Exemple :
En passant par un certain pré,
Rencontra Bergère à son gré,
Le père aurait fort souhaité
Jean de La Fontaine

Les autres dispositions sont plutôt ce qu’on pourrait appeler des échos sonores.
-Les rimes annexées ou concaténée (enchaînées), c’est-à-dire que la fin du vers est le début du vers suivant. Exemple :
Baigné dans la lumière d'une aurore boréale
Réaliser que la beauté est sidérale
Ralentir le rythme de la course folle
Folâtrer un instant sans but, sans boussole
Stéphane Archambault et Mes Aïeux, Le repos du guerrier
-Les rimes batelées, c’est-à-dire que la fin du vers rime avec l’hémistiche du vers suivant. (L’hémistiche divise un vers en deux section séparé par une césure, comme au sixième pied d’un alexandrin ou au quatrième d'un octosyllabe). On peut les voir ainsi :
……X//……A
……A//……A
……A//……B
-Les rimes brisées ou internes, c’est-à-dire que les vers rimes à la césure. Elles se déclinent ainsi :
……A//……B
……A//……B
-Les rimes couronnées, c’est-à-dire que la rime est doublement proposée. Exemple : Toujours la vie envie/Les amants du doux leurre : douleur !
-Les rimes équivoquées, c’est-à-dire que la rime est reprise dans un jeu de mots. On les dits holorimes quand tout le vers est repris ainsi. Exemple : Et c'est à peine si l'allumette amorphe ose/Même en rêvant éclairer cette métamorphose

Il faut savoir que depuis le 20e siècle, la rime n’est plus ce qui fait l’essence même du poème. Néanmoins, une longue tradition l’entoure et plusieurs la privilégient encore. Bien utilisée, les rimes donnent du rythme au poème et mettent l’accent sur certains termes ou idées véhiculés par l’auteur. Or, si on ne fait pas attention aux règles énoncées plus haut, le lecteur ne verra plus que ces mauvaises rimes au détriment de la musicalité et du message.
Maintenant, cela demeure un choix bien personnel d’utiliser les rimes ou non. À vous de voir !

Références :

Cyberprofs.net, Les rimes, http://ww2.cyberprofs.com/index.pl?.....lace=2&n=6

Larousse, Le Petit Larousse 2003, Larousse, Paris, 2002, 1818p.

Poésie : l’essentiel sur les rimes, http://perso.orange.fr/cite.chamson...../rimes.htm

Section de Français Université de Lausanne, Rappel des principales notions à maîtriser, http://www.unil.ch/fra/page24791.html

Wikipédia, Rime, http://fr.wikipedia.org/wiki/Rime

www.poetes.com, [pour les diverses citations de poèmes], http://www.poetes.com/index.php
Commentaires
Personne ne s'est exprimé pour le moment...
Pour pouvoir commenter, vous devez vous connecter !