L’art de la métrique

Type : Théorie / Poésie | Ajout le : 30/05/2008
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L’art de la métrique
Par : Marianne Verville (Libellule Rouge)

Entre les alexandrins, les pieds, les syllabes, les « e » muets, tout le monde est perdu, et c’est parfaitement compréhensible. N’y aurait-il pas moyen, donc, de résumer tout cela pour ne pas se confondre et bien faire usage de la métrique, ou si vous préférez de l’agencement des vers ? C’est ce que je vais tenter dans cet article.


Premièrement, quelle est la différence entre un pied et une syllabe ? Un pied est un groupe de syllabes constituant la mesure élémentaire du vers dans la métrique grecque et latine. Parallèlement, on dit qu’un vers est syllabique quand la mesure est déterminée par le nombre et non par la valeur des syllabes, c’est-à-dire des unités phonétiques composées de voyelles et consonnes qui se prononcent en une seule émission de voix. En conséquent, si on a bien lu, le pied ne peut s’appliquer à la poésie française (Tout cela est une question de quantité de syllabes et ça n’a pas de lien en français. On peut par exemple parler de pieds en anglais, puisque que cela fonctionne selon le rythme.) Il faut donc parler de syllabes quand on mesure un vers.


Mais qu’est-ce qu’un vers ? En fait, la définition est contestée, mais on va s’entendre pour dire que c’est un ensemble d’éléments linguistiques déterminés par un nombre de syllabes. Les vers se coupent avant la fin de la page et sont organisés en strophe (l’équivalent d’un paragraphe en prose). Un vers peut être constitué d’une partie de phrase comme de plusieurs phrases. Le vers est guidé par les règles métriques et non par les conventions grammaticales.
Selon le nombre de syllabes comptées dans le vers, celui-ci porte un nom spécifique.
Une syllabe : monosyllabe ;
Deux syllabes : disyllabes ;
Trois syllabes : trisyllabe ;
Quatre syllabes : tétrasyllabe ;
Cinq syllabes : pentasyllabe ;
Six syllabes : hexasyllabe ;
Sept syllabes : heptasyllabe ;
Huit syllabes : octosyllabe ;
Neuf syllabes : ennéasyllabe ;
Dix syllabes : décasyllabe ;
Onze syllabes : hendécasyllabe ;
Douze syllabes : alexandrin, ou dodécasyllabe.
Dans les formes classiques, on utilise plus courant l’heptasyllabe, l’octosyllabe, le décasyllabe et surtout l’alexandrin. Désormais, dans la poésie contemporaine, il est très acceptable de dépasser l’alexandrin. Un poème peut aussi contenir le même nombre de syllabes dans chaque vers ou différer au gré de l’auteur.
Au dessus de sept syllabes, le vers contient ce que l’on nomme une césure. La césure divise le vers en deux hémistiches habituellement semblable, comme pour l’octosyllabe en 4//4 ou l’alexandrin en 6//6. Pour le décasyllabe, on divise habituellement en 4//6 ou 6//4 (5//5 est aussi possible, mais moins commun). Exemple :
Maître Corbeau, // sur un arbre perché,
Jean de La Fontaine, Fables, livre I, « Le Corbeau et le Renard »


Maintenant, la grande question : Comment compte-on les syllabes d’un vers ? Cela paraît simple à première vue, mais que fait-on lorsque deux voyelles sont l’une contre l’autre ? C’est là qu’intervient le principe de diérèse et de synérèse.
-La diérèse est la séparation en deux syllabes de deux voyelles en contact dans un mot. Exemple : si-len-ci-eux qui donne 4 syllabes. La diérèse étale et allonge les mots pour leur donner un effet plus doux, plus grand que nature.
-La synérèse est le rapprochement en une syllabe de voyelles en contact dans un mot. Exemple : si-len-cieux qui donne 3 syllabes. La synérèse est la forme utilisée par défaut.
En ce qui concerne les « e » caducs, ou si vous préférez les « e » muets, doit-on les inclure ou non ? En fait, il faut faire des fois l’un, des fois l’autre. Définissons d’abord les différents cas de « e » caducs.
-L’élision fait disparaître le « e » en fin de mot dans la prononciation lorsque le mot suivant commence par une voyelle. Exemple : un(e) escal(e) illuminée
-L’apocope fait disparaître le « e » en fin de mot dans la prononciation lorsque le mot suivant commence par une consonne. Exemple : un(e) chambr(e) noir(e)
-La syncope fait disparaître le « e » dans la prononciation du corps du mot, c’est-à-dire à l’intérieur de celui-ci. Exemple : seul(e)ment un p(e)tit verre
En métrique française, l’élision doit toujours être pratiquée. L’apocope est seulement admise en fin de vers : elle est interdite à l’intérieur du vers. La syncope est totalement bannie dans le dénombrement.

Enfin de clarifier le tout, je vais calculer le nombre de syllabes d’un sonnet d'Émile Nelligan, Chopin .


Fais-, au- blanc- fri-sson- de- tes- doigts, =>8
Gé-mir- en-co-r(e), ô- ma- maî-tress(e) ! =>8
Cet-te- mar-che- dont- la- ca-ress(e) =>8
Ja-dis- ex-ta-si-a- les- rois. =>8

Sous- les- lus-tres- aux- pris-mes- froids, =>8
Don-n(e) à- ce- cœur- sa- mor-n(e) i-vress(e), =>8
Aux- soirs- de- fu-nè-bre- pa-ress(e) =>8
Cou-lés- dans- ton- bou-doir- hon-grois. =>8

Que- ton- pi-a-no- vi-br(e) et- pleur(e), =>8
Et- que- j'ou-bli-(e) a-vec- toi- l'heur(e) =>8
Dans- un- É-den-, on- ne- sait- où... =>8

Oh- ! fais- un- peu- que- je- com-prenn(e) =>8
Cet-t(e) â-m(e) aux- sons- noirs- qui- m'en-traîn(e) =>8
Et- m'a- ren-du- ma-la-d(e) et- fou ! =>8


On remarque donc que les diérèses sont dans le compte dans ce poème en octosyllabes. L’apocope en finale est très présente aussi. Il ne faut pas oublier non plus les élisions à l’intérieur des vers.


Pour conclure, la métrique est surtout utile pour suivre les conventions des formes classiques de poésie (sonnets, rondels, etc.) ou pour faire des poèmes avec, par exemple, que des alexandrins. Tous ces calculs servent principalement à uniformiser le rythme du poème, sans considération au niveau des vers libres ou rimés.


Références :

Larousse, Le Petit Larousse 2003, Larousse, Paris, 2002, 1818p.

Section de Français Université de Lausanne, Rappel des principales notions à maîtriser, http://www.unil.ch/fra/page24791.html

Wikipédia, Vers, http://fr.wikipedia.org/wiki/Vers

www.emile-nelligan.com, Chopin, http://www.emile-nelligan.com/poemes/cc.html
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