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Chronique :
Mots : 1638
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1- Présentation générale du réalisme
Le réalisme est apparu pour la première fois vers 1830 en Europe. Ce mouvement artistique et littéraire s’oppose au romantisme dans le style que dans les thèmes ; on recherche désormais l’objectivité en toute chose. Ce passage s’explique en bonne partie par l’obsession du progrès et du matérialisme que l’on retrouve durant le Second Empire. L’analyse de la nature humaine à travers la montée de l’industrialisation est donc inévitablement un des thèmes prépondérants du réalisme. Les écrivains de ce courant considèrent d’ailleurs que leur art ne doit pas avoir qu’une préoccupation esthétique mais aussi sociale. Ils dénoncent ainsi les injustices de leur époque dans une observation minutieuse de tout ce qui la compose, forçant leur société à s’interroger sur leur mode de vie et à remettre en question les idées reçues. Parmi les auteurs réalistes, on retrouve Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, Anton Tchekhov et Tennessee Williams. Au Québec, on peut aussi ajouter Gratien Gélinas, Marcel Dubé et Marie Laberge.
2- Les principes du réalisme
Le réalisme a un but principal : copier le monde, donner l’illusion du vrai. De ce fait, les réalistes accordent beaucoup plus d’importance à la description et au développement de la psychologie des personnages qu’à l’intrigue elle-même. L’observation de la société devient donc une part importante du travail de l’écrivain qui n’hésite pas non plus à se documenter longuement sur les sujets qu’il aborde. Tous les faits et gestes, toute la réalité est scrutée à la loupe pour en donner une image claire et nette. C’est donc à cette époque que l’on voit apparaître dans le roman des ouvriers, des prostitués, des criminels, des alcooliques, etc., puisque les auteurs refusent de cacher les aspects les moins reluisants de leur temps. Néanmoins, bien que les réalistes désirent la plus grande objectivité possible, leurs œuvres sont inévitablement teintés de leur vision du monde et de leurs valeurs. D’ailleurs, ils prennent souvent position pour le peuple
3- Le naturalisme
Le naturalisme est apparu vers la fin du XIXe siècle à la suite du réalisme (bien que le réalisme se poursuive pendant ce temps). Émile Zola est l’initiateur de se mouvement qui, en plus de reprendre le principe d’observation et de documentation du réalisme, s’inspire des récentes découvertes scientifiques dont celles de Darwin. Les naturalistes n’ont font plus qu’observer : ils expérimentent et ils enquêtent sur le terrain. L’humain façonne, selon eux, sa personnalité en interaction avec son milieu social et ses caractéristiques génétiques. L’être n’est pas mû par des idées, mais bien par les instincts hérités de ses ancêtres. Les héros naturalistes acquièrent donc une dimension tragique par leur prédétermination, par leur destin auquel ils ne peuvent échapper. L’idée principale du naturalisme est donc que sous l’homme de social se cache une bête insoupçonnée comme on peut le voir dans tout le roman La Bête humaine de Zola, un des livres du cycle des Rougon-Macquart qui est d’ailleurs la grande œuvre de cet auteur, ou dans cet extrait de Nana : « Il songeait à son ancienne horreur de la femme, au monstre de l’Écriture, lubrique, sentant le fauve. Nana était toute velue, un duvet de rousse faisait de son corps un velours ; tandis que, dans sa croupe et ses cuisses de cavale, dans les renflements charnus creusés de plis profonds, qui donnaient au sexe le voile troublant de leur ombre, il y avait de la bête. »
4- L’écriture réaliste et naturaliste
Le réalisme et le naturalisme se sont surtout matérialisés dans les romans, le théâtre, les nouvelles et les contes ; la poésie faisait trop référence au lyrisme romantique et était moins propice à l’analyse et la description. Les auteurs adoptent alors un style plus sobre. Ils délaissent de plus en plus les figures de style. La description peut cependant en contenir, mais on n’utilise presque exclusivement que des énumérations, des comparaisons (rarement des métaphores) ou des antithèses. Le roman Germinie Lacerteux des frères Goncourt contient plusieurs bons exemples de l’utilisation des énumérations dans l’écriture réaliste, comme ici au sujet des fosses communes de Paris : « Tu les entasses, tu les presses, tu les mêles dans la mort comme il y a cent ans, sous les draps de tes hôtels-Dieu, tu les mêlais dans l’agonie! ». La deuxième personne réfère ici à la ville elle-même, comme si c’était elle la responsable de la misère humaine et de la fin dégradante de ces morts anonymes. On remarque donc la dimension sociale apportée dans cette description, cette énumération devenue une dénonciation.
Au niveau du vocabulaire, puisque l’observation minutieuse est de mise, il est important d’utiliser, pour les sujets qui s’y prêtent, les termes les plus précis possibles même si la majorité des gens ne s’y connaissent pas. On peut trouver un exemple de ce fait dans Madame Bovary de Flaubert à propos d’un jeune homme subissant un traitement pour ses pieds bots : « Il se tordait, le stréphopode, dans des convulsions atroces, si bien que le moteur mécanique où était enfermée sa jambe frappait contre la muraille à la défoncer. […] Une tuméfaction livide s’étendait sur la jambe, et avec des phlyctènes de place en place, par où suintait un liquide noir. » Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que le jeune homme subit un nouveau traitement qui semble plutôt inefficace dû aux cloques occasionnées. Cela démontre aussi d’une préoccupation constante au niveau du progrès scientifique qui n’est malheureusement pas toujours efficient.
Aussi, les personnages sont clairement définis tant au niveau familial, physique ou psychologique. Ces derniers sont souvent marginaux, mais la bourgeoisie se retrouve aussi dans les œuvres réalistes. Toutefois, les romanciers en dressent souvent un portrait négatif, comme dans le roman Germinal de Zola où il écrit à propos d’une famille bourgeoise : « Du reste, ils se flattaient de faire la charité avec intelligence, travaillés de la continuelle crainte d’être trompés et d’encourager le vice. Ainsi, ils ne donnaient jamais d’argent, jamais ! Pas dix sous, pas deux sous, car c’était un fait connu, dès qu’un pauvre avait deux sous, il les buvait. » On voit donc ici comment les bourgeois considéraient les prolétaires, ce qui définit, par leurs préjugés, la psychologie de ces riches citadins.
De plus, la narration est très souvent au « je » afin d’impliquer plus le lecteur, mais vous pouvez choisir d’utiliser la troisième personne à condition que ce soit un narrateur omniscient, c’est-à-dire qui connaît tout. Finalement, l’histoire possède ses repères réels dans le temps ou les lieux et se déroule de manière linéaire et chronologique.
5- Le néo-réalisme
Le néo-réalisme est apparu au XXe siècle dans le cadre cinématographique en Italie puis s’est répandu à la littérature en général. Par ailleurs, cette évolution artistique demeure dans la continuité du courant réaliste. Les auteurs de ce mouvement tentent toujours de donner une vision précise de la réalité, de se pencher sur les détails d’une situation. L’écriture est cependant plus subjective bien que l’on veuille encore montrer l’état du rapport entre l’humain et la société. L’attention est aussi plus mise sur les défauts ou les défaillances des hommes et de leur système. Aussi, les personnages sont encore beaucoup dans la catégorie des « marginaux ». On voit très bien ce fait dans un auteur de théâtre et de romans québécois très connu : Michel Tremblay. Toutes les œuvres de Tremblay se classe dans ce mouvement. Une pièce comme Les belles-sœurs démontre par exemple une certaine réalité des femmes de l’est de Montréal tandis qu’Hosanna se penche sur l’univers des drag-queens, mais seulement du point de vue du travesti lui-même. Ce n’est pas toute la réalité, c’est un point de vue bien spécifique sur une situation. Le néo-réalisme choisit la réalité qu’il désire montrer au lecteur ou au public.
En conclusion, j’espère que ce petit résumé exhaustif du courant réaliste, naturaliste et néo-réaliste vous a permis de voir si vous étiez fait pour écrire ou simplement lire des œuvres de ce type. Ce n’est pas un genre facile du premier coup d’œil, il faut avoir beaucoup de patience, mais je crois que c’est le style idéal pour ceux qui aiment approfondir leurs personnages et s’allonger dans de grandes descriptions presque cinématographiques et très terre-à-terre.